@informateur.ci- La Côte d’Ivoire connait une sorte de ‘’malédiction électorale’’, matérialisée par des actes de violence lors de chaque scrutin. Et ce, depuis octobre 1995 qui a vu le pays marqué par son premier ‘’boycott actif’’ initié et revendiqué par l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, alors dans l’opposition. Depuis lors, aucune élection présidentielle ne s’est déroulée sans ‘’grabuge’’. Un vilain signe indien qui inquiète.
Depuis quelque temps, les états-majors du PDCI-RDA et du PPA-CI, les deux alliés du Front commun, sont à cran. Et pour cause, nombre de leurs cadres ont maille à partir avec la justice qui semble s’être brusquement réveillée et leur demande des comptes par rapport aux actes de violence qui ont émaillé l’élection présidentielle d’octobre 2025. Mais comme s’ils avaient perdu la mémoire, ces deux partis crient haro sur le baudet et pointent, à l’unisson et en chœur, une ‘’justice aux ordres’’, qui leur chercherait noise, alors qu’ils n’auraient rien fait. Une ligne de défense marquée par le déni. Et pourtant, le Président Alassane Ouattara avait prévenu en 2020, lors de sa prestation de serment suite à sa victoire à la présidentielle qui s’est tenue cette année-là et qui avait aussi été particulièrement mouvementée, pour ne pas dire plus. Il avait soutenu que ces actes de violence ne resteraient pas impunis et que leurs auteurs en répondraient devant les juridictions compétentes.
En effet, ce scrutin n’avait pas dérogé à la règle, puisqu’il s’était tenu dans un climat très tendu avec une opposition vent debout contre la candidature du président du RHDP. C’est dans cette dynamique que le PDCI de Bédié et le FPI d’Affi N’Guessan ont créé le Conseil National de Transition (CNT) et lancé, coup sur coup, la désobéissance civile et le boycott actif. Objectif : empêcher la tenue du scrutin. Deux mots d’ordre qui ont donné lieu à la chienlit sur le terrain avec des barricades, des routes coupées en maintes parties du pays, notamment, dans le Sud et le Centre (Bonoua, Bongouanou, Daoukro, Dabou). Avec à la clé, des affrontements intercommunautaires, singulièrement à Dabou et M’Batto, la destruction du matériel électoral, des bureaux de vote saccagés, des véhicules de transports bloqués. Le bilan est lourd avec environ 85 morts entre août et novembre 2020.
- La justice est aux trousses des ‘’fauteurs de troubles’’
Et comme si elle n’attendait qu’un déclic, la justice est aux trousses des ‘’fauteurs de troubles’’, aussi bien les ‘’petites mains’’ que les ‘’donneurs d’ordre’’. C’est ainsi qu’après l’interpellation des ‘’nervis’’ qui ont incendié un bus de la SOTRA et molesté des agents des forces de l’ordre après le caillassage de leur véhicule, dans la commune de Yopougon, en août 2025, le ministre Lida Kouassi et l’ambassadeur Koné Boubakar, deux cadres du PPA-CI, ont été mis sous mandat de dépôt, le 11 du même mois. Les jeunes interpellés ont cité les deux hommes comme étant les commanditaires de ces basses œuvres.
Il ne serait pas inutile de rappeler qu’au titre des violences qui ont rythmé la présidentielle 2025, Adia Damana Pickass, un autre cadre du PPA-CI, a été interpellé le 4 novembre 2025, à Bingerville où il s’était retranché après avoir lancé des appels au soulèvement afin de ‘’tout bloquer’’ (un autre mot d’ordre de l’opposition). Il a ensuite été placé en détention au PPA (ex-MACA). Sont également placés sous mandat de dépôt, toujours dans le cadre des violences qui ont marqué l’élection présidentielle d’octobre 2025, Justin Koné Katinan, vice-président du PPA-CI, Blaise Lasm, secrétaire général adjoint, Dahi Nestor Douhouré…
- Toutes les personnes soupçonnées seront entendues
Sont placés sous contrôle judiciaire, Sébastien Dano Djédjé, président exécutif du PPA-CI, Koua Justin, 1er secrétaire général adjoint du PPA-CI, Emmanuel Ackah et Daniel Billaud Zéréhoué, également cités dans la même procédure. A toutes fins utiles, le Procureur, Koné Braman Oumar, a annoncé, le 16 septembre dernier, que toutes les personnes soupçonnées seraient entendues, les faits n’étant pas prescrits.
Au compte du PDCI-RDA, ce sont 6 cadres convoqués devant le 8e cabinet d’instruction / section antiterroriste du Tribunal du Plateau, pour la même affaire en lien avec la présidentielle d’octobre 2025, avec 17 chefs d’accusation chacun. Déjà entendus et placés sous contrôle judiciaire, le lundi 19 octobre 2026, Georges Philippe Ezaley, vice-président et conseiller spécial de Tidjane Thiam, Mandodja M’Bia Roger, Directeur général du PDCI-RDA.
Emblématique de la volonté de l’opposition radicale réunie au sein du Front commun de ‘’tout bloquer’’, le cas de Nahio, un village de la sous-préfecture de Saïoua, département d’Issia, dans le Haut-Sassandra, illustre à l’envi la funeste tendance des opposants à créer la chienlit lors de la présidentielle du 25 octobre 2025. Selon le communiqué du procureur d’Issia, Janvler Olivier Yao, un groupe conduit par un certain Gomelin Marcelin Digbeu aurait barricadé les voies d’accès à la sous-préfecture pour empêcher l’acheminement du matériel électoral et la tenue du scrutin, en lien avec le mot d’ordre du Front Commun.
- Nahio est le résumé de la stratégie de l’opposition
Des habitants désireux de voter s’y seraient opposés, et la tension a dégénéré, en soirée, en violents affrontements entre les deux camps. Les forces de défense sont intervenues. Bilan : 3 morts, 19 blessés, d’importantes destructions. A l’évidence, Nahio est le résumé de la stratégie de l’opposition qui tenait à ce que le scrutin ne se tint pas. Mais, en face, il y a eu la résistance des partisans du pouvoir qui entendaient exercer leurs droits civiques, comme tout citoyen respectueux de l’ordre républicain.
Au final, depuis 1995, c’est le même scénario. Ainsi, les scrutins présidentiels de 2010, 2020 et 2025 ont-ils été entachés par des actes de violence avec en point d’orgue celui de 2010-2011 qui a fait officiellement plus de 3000 morts. Il est temps d’y mettre le holà, en mettant un terme à l’impunité dont s’est nourrie, peu ou prou, cette inclination morbide.
C’est tout le sens des dernières convocations judiciaires qui tombent sur certains cadres du Front commun comme s’il en pleuvait. Ces derniers devront comprendre que nul n’est au-dessus de la loi et qu’aucune fonction politique ne devrait donner licence à quiconque de faire comme bon lui semble. C’est le message subliminal que recèlent lesdites convocations. Pour que plus jamais, élection ne rime avec violence et mort d’hommes dans ce pays.
Ousmane MODIBO












