@informateur.ci- A Ibogué, localité située à une trentaine de kilomètres d’Issia, le lot N° 217 de l’ilot 23 d’une superficie de 400 m2 git dans la moiteur de la saison pluvieuse. Et les briques entassées moisissent sous l’effet de l’usure du temps, du fait que les travaux entamés sur le site ne peuvent pas être achevés. La raison, le lot en question est au centre d’un litige entre l’ancien Sous-préfet d’Ibogué, Gbei Kepo Emmanuel, et le président de la jeunesse burkinabè de la sous-préfecture, Ouédraogo Moussa.
Pour comprendre l’origine de ce litige foncier, il est bon de rappeler les faits. C’est en 2015 que tout commence avec le lotissement villageois initié par la famille Séréko à Ibogué. L’opération est menée sous le magistère du Sous-Préfet Gbei Kepo Emmanuel, aujourd’hui en fonction à la Préfecture de Daloa en qualité de Secrétaire Général 1. Au terme du morcellement du site et de la constitution du dossier technique, à la demande de la famille détentrice des droits sur les parcelles, une enquête de commodo et incommodo est ouverte entre octobre et novembre 2015. Il ressort des témoignages du chef de la famille Séréko, Gura Fallé Félix et du chef du village d’Ibogué, Zébli Bahua Raymond, que nous avons rencontrés dans le cadre de cette affaire, le vendredi 26 juin, que l’enquête en question n’a enregistré aucune opposition. C’est donc ainsi que la vente des parcelles est lancée et que le lot N° 217 de l’ilot 23 d’une superficie de 400 m2 est attribué à Ouédraogo Moussa, contre la somme de 650.000 FCFA.
- Un litige né de deux lotissements (2005 et 2015)
L’opération d’acquisition du lot est enregistrée dans le Guide du Comité foncier et Ouédraogo Moussa peut entrer en possession de sa lettre d’attribution signée par le chef du village, Zébli Bahua. Mais alors que l’acquéreur démarre les travaux de mise en valeur de son lot, les choses vont prendre une tournure inattendue. Et Ouédraogo Moussa sera purement et simplement empêché de réaliser les travaux projetés. En effet, une autre personne, en l’occurrence Sawadogo Oumar, se signale et déclare que ledit lot appartient à son oncle. Faut-il le noter, la nouvelle personne qui entre ainsi en jeu dans l’affaire, Sawadogo Oumar, n’est autre que l’ancien président de la jeunesse burkinabè d’Ibogué qui, lui, a aujourd’hui acquis la nationalité ivoirienne et ne peut plus, de ce fait, occuper le poste de leader de la jeunesse burkinabè locale. L’homme a, dit-on, d’excellentes relations avec l’ancien Sous-préfet d’Ibogué, Gbei Kepo Emmanuel.
L’affaire est portée devant la chefferie qui confirme l’authenticité des documents et la propriété de Ouédraogo Moussa sur la parcelle. Mais Oumar rejette la confirmation de la propriété du terrain par la chefferie d’Ibogué en faveur de Moussa et se tourne vers l’ancien Sous-Préfet. Quelques jours après, le chef du village, Zébli Bahua Raymond et Ouédraogo Moussa sont convoqués à la gendarmerie d’Ibogué. Après de longues heures d’attente, les deux personnes sont entendues par la gendarmerie avant de regagner leurs domiciles. Rassuré après son audition par la gendarmerie, Moussa croit pouvoir reprendre les travaux. Mais les gendarmes, envoyés sur le terrain, vont l’en empêcher à plusieurs reprises. Qui plus est, Ouédraogo Moussa déclare s’être retrouvé devant les autorités judiciaires d’Issia.
- La part de vérité du chef du village

Zébli Bahua Raymond, le chef du village d’Ibogué, que nous avons rencontré pour avoir sa version des faits confirme : «C’est moi qui ai signé les papiers du terrain de Ouédraogo Moussa». Il soutient que les documents dont dispose le président des jeunes Burkinabè d’Ibogué sont authentiques. «Là où le chef de famille a donné son accord, là où la commission foncière a donné son accord, je ne pouvais que vérifier et c’est ce que j’ai fait faire, et j’ai signé les papiers de Ouédraogo Moussa. Quelques jours après, Sawadogo Oumar est venu chez moi me dire que le lot appartiendrait à son oncle. Je lui ai alors dit d’envoyer les papiers qui le prouvent. Il m’a sorti un document d’un précédent lotissement qui a été annulé. Je lui ai dit qu’avant de faire le lotissement, il y a eu une enquête de commodo et incommodo, on s’est retrouvé à la Sous-Préfecture avec M. Gbei Kepo (Ndl ex- Sous-Préfet) et c’est lui-même qui a lancé cette enquête. Oumar lui-même travaille avec Gbei Képo, je lui ai demandé pourquoi il n’a pas fait opposition lors de l’enquête et c’est maintenant que tout est fini qu’il s’oppose. Il est allé voir Gbei Kepo qui m’a appelé à ce sujet et je lui ai dit la même chose», explique le chef.
«On en était là, poursuit-il, quand Oumar appelle un autre jour pour me dire que son patron Gbei Kepo dit maintenant que le lot lui appartient. J’ai alors appelé Kepo, qui soutient effectivement que le lot lui appartient. Je lui ai dit : ‘’Gouverneur, vous avez des terrains dans le village ici, qui a signé les papiers ? C’est bien moi. Dans l’administration, chacun a sa place. Si vous avez acheté un terrain, vous devez m’informer. C’est la procédure. Gbei Kepo me dit qu’il avait demandé à son ami Oumar de le faire et que c’est certainement ce dernier qui a oublié de le faire. Je lui ai alors dit que là, ce n’est pas de ma faute».
Toutefois, soucieux d’un règlement pacifique de ce litige qui commence à polluer l’atmosphère dans le village, le chef Zébli Bahua dit avoir proposé un autre terrain à l’ex-Sous-Préfet qui l’a refusé, au grand dam des villageois. Selon nos informations, Gbei Kepo aurait racheté à Savadogo Ousmane le lot 117 de l’îlot 23 issu du précédent lotissement irrégulier annulé. Sawadogo Ousmane n’étant autre que l’oncle du sieur Oumar.
- L’éclairage du chef de terre d’Ibogué
Toujours est-il qu’à Ibogué, nous avons également rencontré le chef de la famille Séréko, Gura Fallé Félix, qui soutient lui aussi que la parcelle N° 217 de l’ilot 23 appartient à Ouédraogo Moussa. Il fait d’ailleurs remarquer que les numéros de lot ne sont pas les mêmes. Celui de Ouédraogo Moussa porte le numéro 217 de l’ilot 23 du lotissement régulier et valide, réalisé en 2015, et celui que revendique l’ex-Sous-Préfet, le lot N°117 de l’ilot 23 du lotissement réalisé en 2005 qui a été annulé pour irrégularité. Pour Gura Fallé, l’argument de l’ex- Sous-préfet qui dit être le propriétaire du lot, ne peut tenir puisqu’il a été lui-même été un acteur majeur de l’invalidation du lotissement irrégulier dont était issu l’ex – lot 117 de l’îlot 23. «Je suis étonné aujourd’hui de voir que Gbei Kepo veut s’approprier une parcelle qui ne lui appartient pas avec un document de l’ancien lotissement», explique-t-il.
De son côté, Ouédraogo Moussa, reconnu par la chefferie comme le vrai propriétaire du lot 217 de l’ilot 23, espère que ses droits seront reconnus dans cette affaire et qu’il pourra poursuivre la mise en valeur de son terrain, sans plus attendre.
Alexandre LEBEL
Encadré
La réaction de l’ancien Sous-préfet Gbei Képo Emmanuel, attendue
Dans le cadre de cette affaire où il est cité, nous avons entrepris de recueillir la version de l’ex – Sous-préfet Gbei Kepo Emmanuel que nous avons joint le 1er juillet 2026, par téléphone. Ce dernier a souhaité que nous allions le rencontrer. Rendez-vous est pris pour le vendredi 3 juillet 2026, à 16 heures. Nous partons d’Abidjan dès la matinée pour être à l’heure. A 15 mn de l’heure du rendez-vous, nous nous annonçons. M. Gbei nous informe qu’il venait de rentrer d’une mission de Yamoussoukro mais qu’il viendrait incessamment puisqu’il ne savait pas que nous venions d’Abidjan.
L’attente est longue, puisque c’est finalement à 18 heures que le Secrétaire Général 1 de la Préfecture de Daloa est disposé à nous recevoir, en compagnie du chef de cabinet du Préfet, M. Yapi et de deux correspondants de presse (Aip et 7 Info). Nous exposons les raisons de notre présence donc devant témoins. M. Gbei Kepo nous fait savoir qu’il lui faut l’autorisation de sa hiérarchie avant de se prononcer. Il nous dit qu’il en discutera avec le Préfet le lundi 6 juillet avant de nous donner sa version des faits. Nous quittons Daloa autour de 19 heures pour retourner à Abidjan. Le lundi et le mardi, Gbei Kepo ne réagit pas. Il ne nous rappelle pas comme promis. Les mercredi 8 et jeudi 9 juillet, nous le relançons, sans succès. A ce jour, il ne nous a pas encore rappelé et ne répond ni à nos appels, ni à nos messages téléphoniques. Mais, nous continuons d’attendre et espérons qu’il finira par déférer à notre requête afin que cette affaire soit tirée au clair. Pour la manifestation de la vérité.
Alexandre LEBEL












