@Informateur.ci- La Côte d’Ivoire a vu passer cinq Chefs d’État – disons les choses ainsi pour ne pas employer le terme Président de la République, puisque l’un d’eux n’est pas issu d’une élection présidentielle – de Félix Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara qui est toujours au pouvoir. Leur histoire, que nous n’allons pas raconter à nouveau ici, est aussi celle de leurs épouses qui ont été à leurs côtés pendant leur règne.
Elles sont cinq à avoir eu le privilège d’être Premières dames de Côte d’Ivoire, avec des fortunes diverses. Thérèse Houphouët-Boigny, Henriette Konan Bédié, Rose Doudou Guéï, Simone Ehivet Gbagbo et Dominique Ouattara sont des figures qui ont marqué et continuent de marquer l’histoire. Il ne s’agit pas de refaire leur biographie, mais de souligner le rôle qu’elles ont tenu aux côtés de leurs époux présidents. Si elles ont été actives sur la scène publique, elles se sont distinguées, chacune dans son registre, entre philanthropie et politique. En fait, la majorité des Premières dames de Côte d’Ivoire, à savoir quatre d’entre elles, se sont illustrées dans les actions humanitaires et les œuvres de bienfaisance.
À commencer par la toute première Première dame de Côte d’Ivoire. Faut-il le savoir, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, née Thérèse N’Goran Brou le 17 septembre 1930 à Bouaké, fut l’épouse de Félix Houphouët-Boigny de 1960 jusqu’à la mort de celui-ci en 1993. Très tôt, elle épouse la cause des femmes. Dès les premières années de l’indépendance du pays, elle impulse la création de l’Association des femmes ivoiriennes (AFI), le premier organisme non gouvernemental de promotion de femmes en Côte d’Ivoire, qui voit le jour le 3 octobre 1963.
Elle va confirmer sa vocation d’âme généreuse en créant la Fondation N’Daya International le 23 octobre 1987. Cette fondation se donne pour objectif d’améliorer la santé, le bien-être et l’éducation des enfants démunis en Afrique. Elle mène des projets allant de la construction de cliniques, d’orphelinats, de centres de santé maternelle et infantile dans la capitale politique d’alors, Abidjan à la création de camps de vacances pour les enfants défavorisés partout dans le monde.
Hélas, à la mort de son époux en 1993, la fondation cesse ses activités, dans un contexte politique qui change et Thérèse Houphouët-Boigny se retire de la scène publique, sans avoir joué le moindre rôle politique officiel aux côtés de son époux, président de la République.
- Henriette Konan Bédié et l’ONG Servir
La Première dame qui succède à Thérèse Houphouët-Boigny va marcher dans ses pas, pour ainsi dire. Il s’agit d’Henriette Koizan Bomo Konan Bédié, née le 28 décembre 1938 à Koukourandoumi (Aboisso). Elle est l’épouse du président Henri Konan Bédié, dauphin constitutionnel du Sage de Yamoussoukro, jusqu’au décès de celui-ci en 2023. Première dame de Côte d’Ivoire de 1993 à 1999.
A l’ascension de son époux au pouvoir, Henriette Konan Bédié s’investit dans la philanthropie à travers la création de son ONG dénommée ‘Servir’, qu’elle fonde le 16 mai 1996, alors qu’elle est Première dame de Côte d’Ivoire. C’est une association humanitaire à but non lucratif qui fait le tour de la Côte d’Ivoire pour poser des actions humanitaires, de bienfaisance et de charité. L’ONG Servir est omniprésente sur l’ensemble du territoire national, jusqu’au jour fatidique du 24 décembre 1999 où le président Henri Konan Bédié est reversé par un coup d’État militaire. Le parcours de Première dame dite la ‘Biche royale’, comme l’appelait affectueusement son époux, s’arrête. Mais l’ONG Servir va survivre et continuer ses actions. Aujourd’hui, on la voit de moins en moins.
- Rose Doudou Guéî, le destin tragique d’une Première dame à peine connue
A la suite du coup d’État qui renverse le président Henri Konan Bédié le 24 décembre 1999, le Général Robert Guéï prend le pouvoir. A ses côtés, Rose Doudou Guéï, décédée le 19 septembre 2002 à Cocody à Abidjan. Elle devient donc de facto Première dame de Côte d’Ivoire de 1999 à 2000. Son union avec le Général Guéï et sa vie à ses côtés sont mal connues. En raison de la brièveté du règne de son époux, du contexte et des évènements tragiques qui ont précipité leur chute puis leur assassinat.
Mais ceux qui ont suivi la Première dame Rose Doudou Guéï témoignent qu’elle voulait se consacrer aux actions de bienfaisance au profit des couches sociales défavorisées. La preuve, elle s’est illustrée par des dons, des actions de bienfaisance et des actes de charité le temps de sa présence aux côtés de son époux, alors Chef d’État. Jusqu’à ce jour tragique du 19 septembre 2002 où elle est assassinée par balles à son domicile d’Abidjan, en même temps que des proches, le même jour que son mari Robert Guéï, lui aussi assassiné.
- Simone Gbagbo, la femme politique
La seule Première dame de Côte d’Ivoire qui a dérogé à la règle de la philanthropie est Simone Gbagbo. Résolument engagée en politique, elle a joué les premiers rôles au Front Populaire Ivoirien (FPI), le parti qu’elle a contribué à créer avec son désormais ex-époux, le président Laurent Gbagbo. Faut-il le savoir, Ehivet Gbagbo, née Simone Ehivet, le 20 juin 1949 à Moossou, à Grand-Bassam, est une syndicaliste, femme politique, Première dame de Côte d’Ivoire de 2000 à 2011.
Considérée du temps du règne de Gbagbo comme la cheffe de file de l’aile dure du camp présidentiel, ‘la dame de fer’ comme certains la qualifiaient, a marqué, par son charisme et la vivacité de son action politique, la vie du FPI et le parcours de son ancien époux. Elle a véritablement joué un rôle éminemment politique aux côtés de ce dernier, alors président de la République. Jusqu’au désastre qui a suivi la la crise postélectorale de 2010-2011. Elle a été détenue à l’École de Gendarmerie d’Abidjan avant de recouvrer la liberté en août 2018, après 7 ans de détention. A sa sortie, elle a continué d’affirmer sa vocation politique. Après avoir créé son parti politique, le Mouvement des Générations Capables (MGC) en 2021 – 2022, elle a été candidate à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
- Dominique Ouattara et l’ONG Children of Africa
Le destin de philanthropie des Premières dames de Côte d’Ivoire continue avec Dominique Ouattara, l’épouse de l’actuel président, Alassane Ouattara. Dominique Ouattara, à l’état civil Dominique Claudine Nouvian, née le 16 décembre 1953 à Constantine, en Algérie française, est une chef d’entreprise ivoirienne d’origine française. Épouse du président Ouattara, cette femme d’affaires prospère, PDG de l’Agence Internationale de Commercialisation Immobilière (AICI) depuis 1979, est l’actuel Première dame de Côte d’Ivoire. Elle est aussi la présidente de la Fondation Children of Africa qu’elle a créée en 1998, bien avant l’arrivée de son époux au pouvoir. Elle est engagée dans la santé, l’éducation, le social par des actions de bienfaisance, notamment pour la cause des enfants victimes de la traite humaine et des personnes économiquement faibles. A son actif, on note également la création du Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire et le Comité National de Surveillance des Actions de lutte contre la Traite, l’Exploitation et le Travail des Enfants (CNS) dont elle assure la présidence.
On peut le dire, les cinq Premières dames qu’a connues, à ce jour la Côte d’Ivoire, ne sont pas passées inaperçues. Chacune à sa manière, elles ont su donner de la couleur au règne de leurs époux présidents. Les quatre premières citées, Thérèse Houphouët-Boigny, Henriette Konan Bédié, Rose Doudou Guéi et Dominique Ouattara (actuelle Première dame), se sont distinguées par leur vocation de philanthropes. Au contraire de Simone Gbagbo qui, elle, a toujours marqué la scène par son engagement politique.
Maurice Konan KOUASSI











