@Informateur.ci- Le Conseil du Café Cacao de Côte d’Ivoire (CCC-CI) a annoncé avoir bouclé le rachat des stocks résiduels de cacao suite aux invendus provoqués par l’effondrement des cours mondiaux. Face à la chute des cours mondiaux et aux invendus, le gouvernement ivoirien avait débloqué plus de 291 milliards de FCFA via le Fonds de Stabilisation, pour permettre au Conseil du Café Cacao de racheter les stocks résiduels inventoriés.
Le prix garanti bord champ pour la campagne concernée était fixé à 2800, mais en raison de l’effondrement des cours, les exportateurs avaient ralenti leurs achats et les stocks étaient restés bloqués au niveau des coopératives. L’État était alors intervenu pour que les producteurs, dans le désarroi et acteurs de la filière, ne perdent tout. L’opération a porté sur les volumes de stocks officiellement répertoriés par les autorités compétentes, soit près de 123 000 tonnes de fèves alors bloquées.
- Des milliers de tonnes encore entre les mains des coopératives
Six mois après le début de l’opération, le Conseil du Café Cacao a annoncé que le programme de rachat des stocks invendus est officiellement achevé. Mais des informations en provenance de certaines coopératives laissent entendre qu’elles n’ont pas réussi à écouler leurs stocks résiduels quand bien même elles ont été inventoriées. D’où la grogne dans la filière à ce sujet.
A 6 semaines de l’ouverture annoncée de la nouvelle campagne, le mécontentement des coopératives reste palpable. Elles affirment que la totalité des stocks résiduels de cacao n’a pas été rachetée comme on veut le faire croire, car plusieurs centaines de milliers de tonnes de fèves de cacao sont toujours bloquées au niveau de plusieurs coopératives qui ont subi un énorme préjudice financier.
- Les stocks de 2800 FCFA bradés au prix de la campagne intermédiaire (1200 FCFA)
D’autant plus que, expliquent les responsables de coopératives qui se sont confiés à nous, la qualité du cacao se détériore quand il est longtemps stocké. Pour éviter les refoulements pour mauvaise qualité, à terme, de nombreuses coopératives se sont vues obligées de brader leur production à 1200 F CFA le kilogramme, soit au prix de la campagne intermédiaire qui a suivi, alors que dans le cadre de l’opération de rachat, elles auraient dû le vendre au prix de la campagne principale, soit à 2800 FCFA.
On le voit, les sociétés coopératives ont, en fait, dû brader leurs récoltes à moins de la moitié du prix fixé de la campagne principale. Ce qui constitue une énorme perte pour elles et, par conséquent, pour les producteurs qu’elles encadrent.
- Une opération volontairement bâclée?
Les coopératives qui crient leur colère affirment que les entités chargées de l’opération de rachat des stocks résiduels n’ont pas suivi les consignes du gouvernement ivoirien. Elles persistent et signent : « Non seulement les stocks inventoriés étaient en deçà de la réalité, mais le volume de 123.000 tonnes annoncé n’a pas été totalement enlevé. Nous avons des coopératives dont les stocks ont été inventoriés et qui n’ont pu effectuer qu’un seul déchargement. Que font-ils du stock restant? Cela a été fait à dessein. Les gens ont bâclé volontairement la phase qui consistait à répertorier les stocks pour pouvoir en profiter », s’indigne un Pca de coopérative.
Selon lui, et il n’est pas le seul à le dire, « Ce qui s’est passé, c’est qu’on a organisé quelques opérations isolées de rachat pour les présenter symboliquement aux médias, pour tromper l’opinion et le gouvernement, alors qu’une grande partie des stocks résiduels n’a pas été prise en compte. Les gens ont effectué des rachats ciblés auprès de coopératives dirigées par leurs amis pour récupérer des commissions par derrière ».
- Un audit réclamé et des poursuites annoncées contre l’OIA-Café-cacao et le CCC
L’opération de rachat des stocks résiduels de cacao en Côte d’Ivoire aura-t-elle été, en fin de compte, un énorme scandale financier ourdi par des mains obscures? Des sociétés coopératives de café cacao en sont persuadées. A l’instar de la Coordination rurale de Côte d’Ivoire (CR-CI) du président Leonard Ehora Yao, qui réclame un audit indépendant sur la gestion des 291 milliards FCFA mobilisés par l’État, des coopératives détentrices des stocks invendus ont l’intention d’ester en justice l’OIA-Café-cacao et le Conseil du Café-cacao. Une action qui pourrait créer l’effet d’une bombe dans la filière.
Par Maurice Kouassi KONAN












