@informateur.ci- En Côte d’Ivoire, ils formaient le trio de la rivalité historique qui a marqué la lutte pour le pouvoir après le décès du Président Félix Houphouët-Boigny le 7 décembre 1993. C’était ‘’ les 3 Grands ‘’ de la scène politique ivoirienne. Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Ils ont été tantôt amis… pour les uns dans le cadre du Front républicain qui a réuni Gbagbo (FPI) et Ouattara (RDR) contre Bédié (PDCI-RDA) jusqu’en 1999, pour les autres au sein du RHDP originel qui a vu se liguer Bédié et Ouattara face à Gbagbo.
Mais ils ont été surtout adversaires irréductibles dans l’implacable lutte pour la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir d’Etat. Un pouvoir qu’ils ont d’ailleurs tous conquis et exercé, avec des fortunes diverses. D’abord Bédié, ensuite Gbagbo puis Ouattara encore au pouvoir. Aujourd’hui, ils ne sont plus que ‘’ 2 Grands ‘’ à tenir le haut de la scène politique ivoirienne. Henri Konan Bédié a tiré sa révérence le 1er mars 2023.
Une chose cependant les caractérise tous. C’est l’absence d’une volonté claire de préparer leur succession au sein de leurs différents partis politiques. Si au PDCI-RDA le départ du Sphinx de Daoukro a d’une certaine façon réglé non sans difficulté la succession avec l’arrivée de Tidjane Thiam, au RHDP et au PPA-CI, le nouveau parti du Woody de Mama, il ne semble pas en être question à ce jour. Ni Alassane Ouattara, ni Laurent Gbagbo ne semblent vouloir préparer leur succession à la tête de leurs partis politiques.
Au RHDP, l’actuel Chef de l’Etat n’a jamais désigné et mis en selle un dauphin qui lui succèderait à la présidence du RHDP. Certes Ouattara, il faut le reconnaître, a donné un signal dans ce sens. On avait senti un frémissement du côté du parti au pouvoir avec le choix du défunt Premier ministre Amadou Gon Coulibaly comme candidat initial du RHDP à l’élection président de 2020. En cas de victoire, celui-ci aurait repris le flambeau non seulement à la tête du pays, mais aussi de facto en tant que le patron du RHDP.
Hélas, le décès subit de ce dernier en juillet 2020, quatre mois avant la présidentielle, n’a pas permis de voir l’aboutissement de cette succession. Au contraire, tout a été remis à plat et Ouattara garde la haute main sur son parti. Un parti où on ne parle même plus de la succession du chef. Mieux, après le décès du Premier ministre Hamed Bakayoko en qui certains auraient vu un potentiel dauphin du Président Ouattara, beaucoup ont perçu comme un signe indien…et la succession du Président Ouattara devenu un sujet tabou au RHDP. On ne l’envisage même plus.
Des figures de la première heure comme Adama Bictogo et Kandia Camara, entre autres, sont là. Mais personne ne prétend ouvertement à la succession du grand chef. La distribution des rôles se limite aux instances du RHDP. Pas de successeur connu donc pour le Président Ouattara qui doit et va d’ailleurs clarifier, au plus tard le 26 août 2025 (date de clôture du dépôt des candidatures) sa position sur sa candidature ou non à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Et là, il pourrait nous réserver une surprise…
Au PPA-CI comme ce fut d’ailleurs le cas au FPI, personne n’a jamais évoqué la succession du président Gbagbo à la tête de son parti. Il reste le chef incontesté et le candidat à l’élection présidentielle, malgré l’inéligibilité qui le plombe. Mais, cependant, il faut rappeler une chose. Le président Laurent Gbagbo, devenu Chef de l’Etat à la suite de son élection à la présidentielle de 2000, avait cédé la présidence du FPI à Affi Nguessan. Conformément aux textes de loi en vigueur qui stipulent que le président de la République ne peut pas occuper de fonction au sein d’un parti politique.
Le président Gbagbo était-il là en train de régler sa succession à la tête de son parti d’alors, le FPI, ou en avait-il simplement confié les rênes à Affi Nguessan pour se mettre en conformité avec la loi, le temps de finir son mandat? On pourrait le croire, puisqu’après sa libération de la CPI, il a aussitôt voulu reprendre la présidence du FPI et a invité Affi N’guessan à lui céder le fauteuil en dehors de tout cadre réglementaire. Ce à quoi ce dernier s’est fermement opposé. Ce qui a finalement conduit au schisme induit par le départ de l’ancien chef de l’Etat et la création du PPA-CI.
Le fait est que le président Gbagbo est revenu de la Cour pénale internationale qui l’a acquitté de toutes les charges alléguées contre lui, pour créer le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI). Abandonnant le Front populaire ivoirien (FPI) à Affi Nguessan, à la suite du différend judiciaire qui les a opposés sur la paternité de ce parti. Et au PPA-CI, tout semble solidement nivelé. Le grand chef n’a pas encore envisagé de préparer et de positionner dès maintenant un dauphin pour lui succéder à la tête du parti.
Les figures emblématiques du camp Gbagbo incarnées par Dano Djédjé et les autres, jusqu’à Koné Katinan et aux jeunes loups du parti sont là… Mais chacun s’en tient à son rôle au sein des instances du parti. Le Président Laurent Gbagbo reste l’unique maître à bord. Même frappé d’inéligibilité, il demeure le seul candidat du PPA-CI à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Pas de ‘’ candidature de précaution ‘’ ou de substitution !
On le voit, au RHDP et au PPA-CI, la question de la succession du chef est taboue. La règle est bien connue qui s’applique toujours. On ne discute jamais de la succession du chef en sa présence, surtout quand celui-ci affirme haut et fort être toujours bon pour le service. On n’envisage pas, oh sacrilège, la succession du chef ! A moins que celui-ci ne soit dans l’incapacité totale d’exercer sa fonction ou ne propose lui-même de se retirer pour laisser la place à un autre, plus jeune… Ce qui est loin d’être le cas pour l’heure, en ce qui concerne Ouattara et Gbagbo.
Maurice Konan KOUASSI












