@informateur.ci- Zadi Gnagna, syndicaliste, dénonce le caractère illusoire du décret 76-22 censé avantager les enseignants ivoiriens. Retour sur une promesse déchue et ses conséquences sur le système éducatif.
Depuis plusieurs décennies, chaque fois que les enseignants ivoiriens revendiquent de meilleures conditions de vie, l’État leur oppose le décret n°76-22 du 9 janvier 1976. Ce texte, censé établir une échelle indiciaire particulière en faveur du corps enseignant, est souvent brandi comme un gage d’avantages salariaux spécifiques. Pourtant, dans les faits, cette promesse s’apparente davantage à un mythe qu’à une réalité tangible.
Le président Félix Houphouët-Boigny avait pourtant une vision ambitieuse : faire des enseignants un pilier du développement économique et social de la Côte d’Ivoire. Pour accompagner la grille salariale spécifique, des mesures sociales fortes avaient été instaurées. Les enseignants du secondaire et du supérieur bénéficiaient de logements de fonction gratuits, les fameux baux administratifs. Quant aux instituteurs du primaire, chaque école construite devait obligatoirement inclure un logement de maître.
Cette politique plaçait alors les enseignants dans la frange supérieure de la classe moyenne naissante. Mais dès 1983, cet édifice s’est effondré : les baux ont été supprimés, remplacés par des indemnités de logement dérisoires (entre 40 000 et 70 000 FCFA), et le principe d’un logement par enseignant a été abandonné.
Depuis, le secteur éducatif est en crise permanente. Entre 1988 et 2014, les avancements des enseignants ont été bloqués. De 1991 à 2001, les recrutements ont été suspendus, provoquant ce que les syndicats appellent le « raccrochage ». Même les profils de carrière sont restés figés jusqu’en 2007. Une accumulation de décisions qualifiées d’antisociales par les syndicats.
Les luttes menées en 2012, 2015, 2017 et 2022, ont certes permis quelques avancées. Zadi Gnagna rend d’ailleurs hommage au président de la République pour ces acquis. Mais selon lui, le problème est structurel et les réformes restent insuffisantes.
Une étude du Collectif des syndicats de l’Éducation-Formation réalisée en 2009, sur la base d’un décret de 2008 relatif aux primes et indemnités, a révélé qu’il faudrait ajouter au moins 1 000 points d’indice à la grille salariale actuelle pour redonner sens au fameux « décrochage » salarial et restaurer la dignité du métier d’enseignant.
Y.K/informateur.ci












