@informateur- La Coupe d’Afrique des nations – CAN 2023, qui a débuté le 13 janvier 2024, rythme encore l’actualité en Côte d’Ivoire en ce mois de février. Mais ne saurait faire oublier l’énorme scandale financier dont le ministère de la Construction et de l’Urbanisme a été le théâtre. Et un homme, à savoir le ministre de la Construction et de l’Urbanisme, Bruno Koné Nabagné, ne saurait se soustraire ou être soustrait par le gouvernement ou une couverture politique, de sa responsabilité à la tête de ce département ministériel. Car les faits qui engagent, non pas sa culpabilité en tant qu’auteur, mais sa responsabilité en tant que ministre, sont d’une extrême gravité.
En effet, faut-il le rappeler, Kra Kouma, Directeur général de l’Urbanisme et du Foncier; Hubert Yomafou, Directeur de l’Urbanisme ; Diallo Abdoulaye, Directeur du Domaine urbain et Bamba Daouda, sous-directeur du Domaine urbain chargé du traitement des dossiers de l’Arrêté de concession définitive (ACD) grande parcelle sont inculpés depuis le 16 janvier 2024 par le Juge d’instruction du 3ème Cabinet du Pôle pénal économique et financier (Ppef) pour «faux et usage de faux en écriture» dans des documents administratifs portant sur la somme de 100 milliards de F CFA. Selon le procureur de la République, Nina Claude Michelle Kamagaté, l’affaire remonte à mars 2023. Leurs passeports ont été saisis et ils sont interdits de quitter le territoire ivoirien. Mieux, ils doivent se présenter tous les huit jours au cabinet du juge du Ppef. Voici pour les faits et leurs auteurs.
Il est vrai que les cadres inculpés bénéficient encore de la présomption d’innocence. Mais le ministre Bruno Koné Nabagné dont les plus proches collaborateurs sont accusés d’indélicatesse, pour ne pas dire d’un crime économique grave au préjudice du contribuable et des citoyens, ne saurait échapper à l’interpellation qui s’impose. Certes, le ministère a réagi par le biais d’un communiqué en expliquant «qu’il ne s’agit nullement d’un détournement de fonds ni une utilisation inappropriée des ressources du MCLU mais du montant estimé du préjudice que disent avoir subi les plaignants».
Mais le fait même qu’ils soient inculpés pour «faux et usages de faux» sous son nez signifie que l’homme n’a pas la maîtrise du ministère qu’il dirige. D’autant plus qu’en Côte d’Ivoire c’est le Ministre et les Préfets qui signent les Arrêtés de concessions définitives (ACD). Dans le cas d’espèce s’il s’avère que les 490 hectares 28 ares et 57 centiares que revendiquent les plaignants du village d’Elokaté ont vraiment fait l’objet de délivrance d’un ACD sur la base de faux documents, c’est que c’est le ministre lui-même qui l’aura signé. Les Préfets ne signent que pour des parcelles dont la contenance est inférieure à un hectare. C’est pourquoi, il faut souhaiter que cette enquête aboutisse.
Ailleurs, tout ministre dans une telle situation aurait été déjà démis de ses fonctions s’il ne s’empressait pas de démissionner lui-même, de façon responsable. On ne peut pas prétendre promouvoir la bonne gouvernance et lutter efficacement contre la corruption en laissant à la tête des institutions, ministères et structures de l’État des cadres qui manquent de vigilance et se montrent incapables de contrôler les agissements de leurs collaborateurs. Certes le Ppef a inculpés les auteurs des faits incriminés. On lui doit de ce fait une fière chandelle. Mais le ministre Bruno Koné Nabagné est le premier responsable du ministère de la Construction et de l’Urbanisme et à ce titre, il doit rendre le tablier pour laisser la place à un ministre plus vigilant.
Le ministère de la Construction et de l’Urbanisme n’est-il pas connu pour être un véritable sanctuaire de la corruption en Côte d’Ivoire? Au-delà du scandale qui vient d’être mis à jour, qui sait les autres affaires sombres qui pourraient s’y cacher? Bruno Koné ne peut pas continuer de diriger un ministère qui lui échappe. Son départ s’impose dès lors…
Daouda LY












