‘@informateur- Le contexte sociopolitique et économique aurait-il fait de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2023, la 34 ème édition de la fête du football africain, qui aura lieu en Côte d’Ivoire, de janvier à février 2024, un évènement des plus stressants à la veille de ce grand rendez-vous sportif? Il faut le craindre. Car plusieurs motifs de stress semblent miner certains, notamment au sommet de la République.
En effet, il y a d’abord la question, d’une part des infrastructures sportives et autres qui vont accueillir les séances d’entraînement, les matchs de la compétition et l’hébergement des équipes nationales hôtes qui participeront à la CAN, et d’autre part les infrastructures routières qui vont permettre la fluidité du trafic routier pour faciliter la mobilité des foules, l’organisation de la fête sportive et par conséquent en assurer le bon déroulement et le succès. A ce niveau, passé le scandale de l’ancienne pelouse défectueuse du stade Alassane Ouattara d’Ebimpé (Anyama) qui a, du reste, emporté l’ex-Premier ministre Achi Patrick et l’ancien ministre des Sports Claude Danho Paulin, les autorités ivoiriennes assurent que les stades devant accueillir les matches de la CAN 2023 sont prêts et qu’ils respectent tous, au plan de la qualité et de la fiabilité, toutes les normes imposées par la Confédération africaine de football (CAF) et les instances internationales du football.
Pour en faire la preuve, l’ensemble des 6 stades à Abidjan, Yamoussoukro, Bouaké, Korhogo et San-Pedro vont accueillir à tour de rôle des matches des Éléphants lors des éliminatoires pour la qualification. Si aucun autre incident n’a été enregistré, on attend cependant l’épreuve grandeur nature. Car on ne sait jamais…
En ce qui concerne les routes, ponts et édifices annexes en construction ou en réhabilitation, force est de constater, bien que beaucoup de progrès aient été faits, que bien de chantiers traînent encore. Des ouvrages n’ont pas encore été livrés alors que les ultimes délais sont dépassés. D’où les mises en garde du Premier ministre Robert Mambé Beugré [qui détient aussi, pour une bonne raison, le portefeuille principal du département des Sports, le ministre Adjé Silas Metch n’agissant que par délégation] à l’endroit des entreprises en charge des travaux non encore achevés, qui sont sous forte pression. Et des sanctions planent sur les têtes des retardataires qui n’ont plus que moins d’un mois pour livrer tous les ouvrages. On se démène donc comme on peut sur les chantiers tous azimuts, pour achever au plus vite ce qui doit l’être. Pourvu que dans la précipitation et la hâte excessive, la finition de certains édifices ne soit pas bâclée.
De ce point de vue, le stress est très important au niveau du gouvernement qui a promis à l’Afrique et au monde « La plus belle CAN jamais organisée ». Une CAN à laquelle : »Le président de la République Alassane Ouattara tient tant ». D’où le stress qui semble habiter certains au plan de l’environnement sociopolitique, voire sécuritaire. La preuve en a été faite à ce niveau par la surprenante fébrilité qui a gagné le régime en place et ses relais à tous les niveaux, après l’annonce de la fin de son exil par Guillaume Soro. On l’a vu, il a suffit que l’ex-président de l’Assemblée nationale face une simple déclaration à l’attention des autorités ivoiriennes depuis le Niger où il était en visite et annonce son retour en Côte d’Ivoire pour que la panique s’empare du camp Ouattara. Qui a cru voir là, l’on ne sait pour quelle raison, une menace sur « la CAN de Ouattara ». Gagnés par une sorte de paranoïa, des gens ont pratiquement crié à un projet de « déstabilisation du pays, à la veille de la CAN ». Nous ne reviendrons pas sur les faits et les déclarations.
A côté de ce stress, il y a celui de l’accueil qui sera réservé par les Ivoiriens au niveau du fair-play, aux équipes nationales hôtes prenant part à la compétition et à leurs supporters. Sans doute en raison du contexte politique sous-régional voire africain. Et d’incidents comme celui qui a opposé les supporters camerounais aux supporters ivoiriens…Nous ne saurions remuer le couteau dans la plaie. Mais certains commentaires sur les réseaux sociaux, incontrôlables, n’ont-ils pas amené les autorités ivoiriennes à rappeler aux populations ivoiriennes que la CAN toute proche est « La CAN de la Fraternité et de l’Hospitalité? »
Pour la sécurité des personnes et des biens en cette période de déplacement de populations en direction de la Côte d’Ivoire qui va impacter les activités aux frontières, et au plan interne de déplacement des foules vers les stades, les établissements d’accueil (hôtels, résidences et autres sites dédiés) et de divertissement (restaurants, maquis, bars et autres), le stress des autorités ivoiriennes ne sera pas moindre. Sans compter celui lié à la question de la fluidité routière dans un pays connu pour l’incivisme routier qui y règne. Plus précisément à Abidjan où deux stades vont accueillir la compétition.
Enfin, le dernier stress est dû à l’affluence dans les stades, dans un contexte de cherté de la vie où la priorité pour l’Ivoirien démuni ne sera pas – quelque attrait que le sport roi puisse avoir sur les fans de foot – d’utiliser ses maigres ressources pour acheter des tickets pour aller voir des matches de football mais plutôt d’offrir l’unique repas quotidien à ses enfants. D’ailleurs, il y a bien longtemps que les Ivoiriens ne vont plus au stade… La vacuité des stades lors des matches de la CAN est un risque réel. La CAN risque en effet de se jouer devant des gradins vides.
Toute chose qui pourrait mettre à nu un malaise social qui expliquerait un éventuel désintérêt des Ivoiriens pour « leur » CAN. Or tout doit sembler parfait en Côte d’Ivoire lors de cette CAN qui sera une occasion de vendre l’image du pays et partant du régime Ouattara. Qui ne veut pas courir le risque d’une CAN délaissée par le peuple. Il se murmure que pour remplir les tribunes, la population estudiantine et scolaire sera mise à disposition et à contribution. Elle sera convoyée par bus, pour combler les places vides dans les stades.
C’est pourquoi la période de déroulement de la CAN sera une période de congés pour les élèves et étudiants de Côte d’Ivoire. Cela évitera aussi aux pouvoirs publics d’avoir à conduire à la fois la CAN et l’année scolaire. Que de stress pour réussir « La plus belle CAN jamais organisée ». Pour un défi de cette taille, que de stress !
Daouda LY












