‘@informateur- Faut-il encore le rappeler, le camp Soro est dans le viseur du pouvoir en place, depuis la rupture avec le camp Ouattara. Son leader, Guillaume Soro, dont le refus d’adhérer au Rhdp unifié et la candidature à la présidentielle d’octobre 2020, ont constitué un crime aux yeux du régime Ouattara, est en exil depuis le 23 décembre 2019. La justice du pays de Ouattara l’a ciblé. Condamné à 20 ans de prison pour des accusations de «recel de détournement de deniers publics» et de «blanchiment de capitaux» par le tribunal correctionnel d’Abidjan en 2020, l’ancien allié de Ouattara dans la conquête du pouvoir est contraint de vivre loin de sa terre natale.
La justice ivoirienne qui lui reproche d’avoir acheté en 2007 sa résidence d’Abidjan avec des fonds publics l’a aussi condamné à «4,5 milliards de francs CFA d’amendes et ordonné la «confiscation» de sa maison et la privation de droits civiques pour cinq ans, avant d’enfoncer le clou: L’ex-Premier ministre et ex-président de l’Assemblée nationale s’est vu plus tard condamner à la prison à perpétuité pour «atteinte à la sûreté de l’État» pour des faits commis fin 2019. Mais il ne fut pas seul à subir le courroux du pouvoir en place. 19 proches de Soro ont été également accablés par des condamnations et peines diverses. Parmi eux, un nom se dégage : Souleymane Kamaraté communément dit Kamagaté, alias Soul To Soul, ex-chef du protocole de Guillaume Soro.
L’homme a été aussi condamné, sur la base des mêmes charges, à 20 ans de prison. Mais le calvaire de ce cadre politique des ex-Forces nouvelles n’a pas commencé lors du procès du camp Soro en 2020. Ses malheurs remontent en fait à 2017. En effet, en octobre de cette année-là Soul To Soul est frappé par une inculpation pour « complot contre l’autorité de l’Etat». Ce lundi 9 octobre 2017, il est écroué à la grande indignation de ses proches, suite à la fameuse affaire de la découverte d’une cache d’armes à sa résidence de Bouaké. Le Procureur Richard-Christophe Adou étant monté au créneau pour porter les accusations… C’est ce qui est pour le rappel des faits.
Mais Soul To Soul doit-il vraiment porter la responsabilité de cette affaire ? Les forces pro-Ouattara comme les nommèrent les médias internationaux lors de la crise postélectorale ne combattirent-elles pas aux côtés des Forces nouvelles pendant la descente de mars 2011 sur Abidjan et n’entrèrent-elles pas ensemble dans la ville? Ouattara n’avait-il pas déjà été proclamé président de la République et Guillaume Soro qui fut son ministre de la Défense dans le gouvernement du Golf Hôtel ne fut-il pas son Premier ministre puis le président de l’Assemblée nationale? Les forces pro-Ouattara, qui furent une composante des Frci en ce temps-là, n’ ont -elles pas été intégrées à la nouvelle Armée au même titre que les Forces nouvelles? Ouattara et Soro n’ont-ils pas géré la Côte d’Ivoire ensemble, main dans la main, à tous les niveaux? N’ont-ils pas mis en œuvre, ensemble, tous les programmes de de désarmement et de démobilisation post-crise, dès la prise du pouvoir par Ouattara en avril 2011, grâce à l’immense contribution de Soro?
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Il apparaît dans cette affaire que les services du Chef de l’État Alassane Ouattara n’ignoraient rien de tout ce qui concernait les armes, même celles des Forces nouvelles. Des observateurs répètent que personne n’est dupe au point de croire que ces armes sont arrivées où on dit les avoir trouvées, sur claquement magique des doigts de Soul To Soul qui n’a certainement pas transporté dans son attaché-case la «tonne d’armes de guerre» dont le procureur Adou Richard a parlé. Si cache d’armes il y a eu, qui les a transportés chez l’ex- chef du protocole de Guillaume Soro! Qui a pu confier ces armes à Soul to Soul et pourquoi leur existence a été ignorée jusqu’à 2017, au moment où les brouilles entre Soro et Ouattara se dessinaient en toile de fond? Soul To Soul a-t-il été piégé dans une sombre machination contre le camp Soro et livré à la justice ivoirienne? Beaucoup de questions restent sans réponses et Soul To Soul reste tout aussi bien en prison.
Mais le camp Soro ne l’a jamais oublié. En octobre 2023, à l’occasion de ses 1400 jours de détention de Kamaraté Souleymane, les siens lui ont rendu un vibrant hommage pour sa loyauté et sa fidélité à Guillaume Soro. Plus précisément pour avoir «refusé de monnayer sa loyauté et sa fidélité à Soro contre sa libération et son adhésion au Rhdp». Alors que d’autres proches de Soro, moins résilients, ont choisi cette voie et passé un accord avec le régime Ouattara pour gagner leur libération. Soul to Soul paye à vrai dire, à travers cet interminable martyre, le prix de son amitié à son mentor, le prix de son soutien inconditionnel à Guillaume Soro.
Homme de conviction et de confiance, il a dit Non à la compromission, à une quelconque forme de renonciation à son soutien sans faille à son compagnon de lutte. Mais la rancœur et le sentiment de vengeance devraient-ils aveugler le pouvoir en place au point de maintenir Soul To Soul indéfiniment en prison pour des raisons visiblement politiques? Osons croire que la sagesse finira par gagner le régime en place, afin que Kamaraté Souleymane puisse retrouver sa famille qui l’attend depuis longtemps. Ouattara saisira-t-il l’occasion de son discours de Nouvel An et de vœux à la Nation en cette fin d’année, occasion traditionnelle des grâces présidentielles et des mesures d’amnistie, pour rendre la liberté à Soul to Soul?
Récemment, l’annonce par Guillaume Soro de la fin de son exil a mis les plus fébriles du camp Ouattara en émoi. Mais en politique, aucune question n’est définitivement tranchée. Oui, en politique les choses qui semblent les plus sûres peuvent être inattendument remises en cause et les certitudes les mieux assurées peuvent être ébranlées du jour au lendemain. C’est pourquoi il n’est pas exclu que Guillaume Soro, en dépit des vociférations de ceux qui craignent son retour en Côte d’Ivoire, regagne sa terre natale plus tôt qu’on ne le pense, dans un esprit d’apaisement et dans un élan de réconciliation, pour faire la paix avec le président Alassane Ouattara et retrouver enfin son collaborateur et ami, Soul To Soul, ainsi que tous les siens, en liberté. Croisons les doigts…
Daouda LY












