@informateur.ci- La relance du projet de monnaie unique ouest-africaine a repris corps à Monrovia. Réunis dans la capitale du Monrovia, les gouverneurs des banques centrales de douze pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont réaffirmé leur ambition de lancer l’Eco à l’horizon 2027. Une échéance déjà évoquée lors du sommet de décembre 2025 à Abuja, où les chefs d’État avaient promis d’accélérer la convergence budgétaire et monétaire.
Mais derrière cet affichage volontariste, un élément change la donne : la première phase du projet pourrait se faire sans les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Autrement dit, sans les huit États partageant déjà une monnaie commune, le franc CFA, émis par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
Selon le communiqué nigérian, la première vague concernerait le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Guinée et la Gambie, sous réserve du respect des critères de convergence. L’hypothèse d’un Eco lancé sans la zone CFA bouscule l’architecture historique du projet et ravive le spectre d’une intégration à plusieurs vitesses.
En 2019-2020, les pays de l’UEMOA avaient pourtant engagé une réforme majeure : transformer le franc CFA en « Eco » au sein de leur espace, mettre fin à la centralisation partielle des réserves au Trésor français et retirer les représentants français des instances de gouvernance. Cette évolution devait préparer l’élargissement à l’ensemble des quinze États de la CEDEAO. Elle n’a, à ce jour, pas débouché sur la monnaie unique régionale.
Les divergences macroéconomiques demeurent profondes : inflation hétérogène, déficits budgétaires élevés, dettes publiques en hausse, volatilité des taux de change. Le Nigeria, poids lourd du bloc avec plus de la moitié de son PIB, reste confronté à une inflation à deux chiffres et à un naira sous pression. Le Ghana, engagé dans un programme avec le FMI, poursuit son redressement, mais demeure fragile.
Le paradoxe est saisissant : les pays les moins convergents pourraient être les premiers à mutualiser leur souveraineté monétaire. Une union lancée sans l’UEMOA poserait un défi inédit : bâtir la discipline monétaire autour d’économies encore en ajustement.
Pour certains États sahéliens, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel, un Eco sans le socle CFA pourrait toutefois incarner une rupture symbolique avec l’héritage colonial. Au Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko a récemment ravivé le débat sur la souveraineté monétaire, rapporte l’agence Ecofin.
Reste que, comme le souligne le communiqué officiel, la future architecture devra s’inspirer du modèle de l’Union européenne. Au-delà du calendrier, c’est la crédibilité macroéconomique du projet qui déterminera si l’Eco sera un levier d’intégration durable ou le marqueur d’une Afrique de l’Ouest monétairement fragmentée.
Djah OPELY













