Seydou Kiébré, président de la Centrale Syndicale Agricole de Côte d'Ivoire

@informateur- Le 3 août dernier, la Centrale syndicale Agricole de Côte d’Ivoire (CSA-CI) a lancé une grève illimitée avec plusieurs revendications à la clé  concernant la gestion de la filière par le Conseil du Café-cacao. Un mois après, le président Seydou Kiébré dresse pour informateur.ci, un bilan à mi-parcours. Entretien.

  • Où en est-on avec la grève illimitée que la Centrale Syndicale Agricole a lancé le 3 août dernier?

Merci pour l’occasion que vous  me donnez de m’exprimer sur la grève. Effectivement le 3 août dernier nous avons lancé une grève illimitée pour marquer notre désapprobation avec la gestion de la filière par la direction actuelle du Conseil du Café-cacao qui méprise à la limite les producteurs.  Nous avons manifesté durant les deux premières semaines de manière tournante dans quelques délégations régionales significatives de l’intérieur.  Depuis une dizaine de jours nous avons décidé suites à des appels au dialogue de donner une chance à des discussions qui sont en cours.

  • La grève n’est donc pas levée?

Non la grève est maintenue et comme nous l’avons précisé devant la presse c’est une grève illimitée. Et vous savez très bien qu’il y a plusieurs formes de grève. Si les discussions en cours n’aboutissent pas à la prise en compte de nos revendications la grève reprendra de plus belle.

  • Pouvez-vous nous rappeler ces revendications?

Nos revendications sont bien connues. La gestion du Fonds Covid-19 au profit des producteurs  s’est faite dans des conditions qui intriguent. Le Conseil Café-Cacao qui a commencé la distribution des fonds aux coopératives au mois de mars a attendu 5 mois après avant de rendre publics les critères à satisfaire pour être bénéficiaire. Ce qui n’est pas normal. Pis, à la lecture des critiques la Centrale relève que des centaines de coopératives qui respectent les critères édictés par le Conseil lui-même n’ont pas été prises en compte. Notre première revendication, c’est que les coopératives laissées pour compte reçoivent leur part comme les autres. La seconde revendication porte sur la sacherie, on produit le cacao et les sacs manquent. Alors que c’est le devoir du Conseil Café-Cacao d’assurer la disponibilité des sacs. Troisièmement, nous exigeons le respect du prix bord champ du Cacao sur le terrain. C’est le devoir régalien du Conseil Café-Cacao qui n’est malheureusement pas assuré dans bien de zones de production. Enfin, nous demandons la mise en place d’un fonds de garantie pour les producteurs. Voici résumé nos revendications.

  • Pensez-vous que la direction du Conseil du Café-cacao a failli à sa mission?

Nous exposons des faits dont nous avons des preuves. Le fonds Covid-19 mis en place par le gouvernement n’a pas profité à des coopératives. Ça c’est un fait. Le prix bord champ du cacao n’est pas respecté partout sur le territoire. Ça c’est aussi un fait. Les producteurs manquent de sacs pour commercialiser leurs produits alors qu’ils sont prélevés pour la sacherie. Quand nous apportons ces preuves, c’est  au gouvernement de tirer les conséquences.

  • Vous évoquiez des discussions en cours. Avec qui ces discussions sont menées et combien de temps elles pourraient encore durer?

Souffrez que je ne donne pas des détails sur les discussions en cours. Mais je peux rassurer les producteurs pour qui nous nous battons que si ces discussions aboutissent à la prise en compte de nos revendications ils seront informés par une conférence de presse. Dans le cas contraire, les manifestants vont se poursuivre avec  force.

  • C’est bientôt le lancement de la Campagne cacaoyère 2022-2023, si les discussions n’aboutissent pas, la campagne pourrait être perturbée?

Si le Conseil du Café-cacao n’accède pas à nos revendications nous n’aurons pas d’autres choix que de poursuivre les  manifestations. C’est parce qu’il existe des producteurs que ce Conseil existe et non le contraire. Et si le Conseil veut jauger de notre capacité à nous faire entendre, nous lui apporteront la preuve sous peu. Notre grève va se durcir avec la campagne Café-cacao.

  • Pourtant ces derniers mois le Conseil du Café-cacao a signé plusieurs conventions censées améliorer les revenus des producteurs?

Vous voulez parler des conventions sur les normes et avec IDH. C’est certainement une bonne chose qui bénéficierait aux producteurs de Café-cacao à long terme.  Mais la Côte d’Ivoire compte un million de producteurs de Café-cacao selon le recensement du même Conseil Café-Cacao.  Si l’on commençait par veillait au respect des prix qu’on fixe chaque année, le bénéfice serait grand pour les producteurs. C’est de cela qu’il est question et non des actions d’éclat limitées d’ailleurs dans le temps.

  • On parle d’un Comité de négociation et de réflexion de 14 membres dont se serait entouré le Conseil du Café-Cacao. Quels sont vos rapports avec ce comité?

Le comité dont vous parlez avait été mis en place dans le cadre de la définition de la clé de répartition du fonds Covid-19 aux producteurs. Malheureusement les conclusions de ce comité n’ont pas été retenues par le Conseil qui a fixé finalement sa règle de distribution du fonds. Je ne vois d’ailleurs plus l’importance dudit Comité. La Centrale syndicale agricole n’a aucun problème de personne avec ces membres mais ils n’ont pas la légitimité de parler au nom des producteurs.

  • Vous étiez opposés à la distribution du don du chef de d’Etat de 100 millions FCFA aux 13 délégations régionale en août dernier. Pourquoi ?

Nous étions déjà en pleine crise de confiance et de gestion pour la distribution du fonds Covid-19 portant sur 17 milliards. Surtout que la clé de répartition consensuelle que nous avons arrêtée n’a pas été prise en compte avec le non-paiement  du fonds à des centaines de potentiels bénéficiaires. Croyez-vous qu’on puisse distribuer dans ce contexte 100 millions FCFA sans créer plus de frustrés? C’est pour éviter tout cela que la Centrale a proposé que cet argent serve à l’achat d’une Maison du Planteur à l’image de la Maison de la Presse au Plateau. Nous n’avons pas été écoutés. Conséquence, des Préfets, représentants le Chef de l’Etat, ont été humiliés dans certaines régions par la polémique soulevée par ce  partage voulu par le Conseil du Café Cacao.

  • Envisagez-vous de saisir le Secrétariat de la bonne gouvernance pour un audit voire une enquête sur la gestion du fonds Covid-19 et sur l’utilisation faite des 100 millions FCFA?

     Nous l’envisageons sérieusement mais nous allons pas à pas.

  • Quel message avez-vous à lancer?

Je voudrais avant tout m’adresser aux autorités. Il faut que le Premier ministre, et le ministre de l’Agriculture qui conduisent la politique du président de la République soient plus regardant sur ce qui se passe sur le terrain et ne pas se fier aux rapports qu’on leur faits. La bonne gouvernance ne doit pas être prononcée que des bouts des lèvres. Il faut s’assurer que les producteurs bénéficient vraiment des efforts consentis par le gouvernement. Je voudrais enfin m’adresser aux producteurs des 13 régions de production de Café-cacao pour leur dire que la grève n’est pas levée et de se tenir mobilisés.

Alfred SIRIMA