Madi Ouédraogo, Directeur Général de Serfin

@Informateur- Il n’a pas l’habitude de parler de lui par humilité. Mais, les rares fois où il se met à vous parler de sa profession, rien que cela, vous ne verrez pas passer le temps. Madi Ouédraogo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, c’est plus d’un quart de siècle d’expériences avant-gardistes qui auront fait de lui, non seulement le pionnier de Western Union en Côte d’Ivoire mais surtout un as des systèmes de transferts d’argent dans la sous-région.

A 67 ans révolus, Madi Ouédraogo, Patron des Services Financiers (SERFIN) est une référence dans la sous-région en matière de systèmes de transfert d’argent. Un quart de siècle de présence dans ce secteur d’activité aura donné naissance à une révolution. «Ma plus grande satisfaction aujourd’hui est de voir que j’ai été à la base de la promotion des transferts d’argent en Côte d’Ivoire. J’aurais pu déchirer la brochure que mon ami m’avait ramenée des Etats-Unis. Mais j’ai cru en ce projet et voir aujourd’hui sa portée, c’est une fierté. Quand je pense à tous ceux qui vivent de ce métier aujourd’hui, surtout les activités annexes, parce que ça suscite d’autres produits, je me dis que j’ai apporté quelque chose à la société», témoigne avec une brin de fierté, Madi Ouédraogo, que nous avons rencontré.

Mais de quelle brochure «miraculeuse», parle-t-il? L’homme nous en donne des détails. «C’est un ami, Sissoko François, qui s’était rendu aux Etats-Unis et à son retour m’a remis un prospectus qui présentait Western Union qui n’existait pas chez nous. L’ami m’a persuadé que cela pouvait représenter une bonne opportunité d’affaires», explique-t-il. Emballé par l’idée, Madi Ouédraogo prendra les attaches nécessaires avec les promoteurs de Western Union et finit par obtenir au bout de moult discussions d’une part, l’accord de ceux-ci et d’autre part, l’autorisation de la direction des affaires monétaires et bancaires du Ministère ivoirien de l’Economie et des Finances. Ecobank et la Poste de Côte d’Ivoire s’y mettent et le projet devient une réalité au grand bonheur de son initiateur.

  • Il a contribué à l’éclosion d’une industrie financière

Madi Ouédraogo venait ainsi de relever un défi pour lequel, il faut le préciser, il avait des prédispositions naturelles. C’est que l’homme est titulaire d’une maitrise en sciences économiques, obtenue à l’université Félix Houphouët Boigny, d’un DESS en analyse de projet et d’un DEA en aménagement du territoire décrochés à Clermont Ferrand dans le centre de la France. L’option pour les sciences éco, il la doit à sa perspicacité.

Pour la petite histoire, après le bac D qu’il a décroché à Bouaké en 1976, il fit une demande de bourse au Burkina Faso. «Quand j’ai eu le Bac, je n’étais pas boursier. J’ai fait une demande de bourse au Burkina et on m’a orienté à Niamey en chimie-biologie. J’ai fait un an à Niamey mais je ne m’y sentais pas parce que je rêvais de faire l’économie. Je suis donc revenu à Ouaga et refait une seconde demande d’orientation. Malheureusement je n’ai pas été réorienté», raconte le natif de l’avenue 1 de Treichville qui abrite la Bourse du Travail.

Madi Ouédraogo retourne en Côte d’Ivoire et s’inscrit à l’Université d’Abidjan avec l’aide de ses camarades promotionnaires bacheliers qui l’accueillent en cité. «J’ai redemandé une bourse et le Burkina me l’a enfin accordée. J’ai pu ainsi faire ma maitrise en science éco. Avant d’aller en France», rappelle-t-il. Il est évident que s’il n’avait pas insisté pour suivre sa voie, il aurait certainement eu un autre parcours avec cette affaire de chimie-biologie.

Toujours est-il que, quand bien même, l’ancien élève du Collège Voltaire de Marcory ait été bardé de diplômes, plus tard, son amorce dans le monde du travail en Côte d’Ivoire s’est faite par alternatives. «A mon retour de la France en Côte d’Ivoire, j’ai travaillé dans un premier temps dans une agence de voyage. Puis dans une société de café cacao. Après je me suis retrouvé dans les pièces détachées», raconte-t-il son parcours professionnel.

Madi Ouédraogo exerçait en qualité de commercial dans une grosse boite de pièces détachées quand son ami lui ramène des Etats-Unis le prospectus sur Western Union qui va marquer un tournant décisif dans sa carrière professionnelle. Il porte donc vaillamment à bout de bras Western Union dans le pays de Félix Houphouët Boigny, l’implante un peu partout et en fait la promotion. Ensuite, il nourrit le projet de créer une banque avec des partenaires américains. «J’aurais détenu 20% du capital. Malheureusement le projet a buté sur des incompréhensions dans sa mise en œuvre. Vous savez bien que l’argent n’aime pas le bruit», fait-t-il remarquer.

Finalement, Madi Ouédraogo se démarque de Western Union et monte sa propre affaire, Services Financiers. «J’ai créé Serfin en 2007. C’est le prolongement de Western Union. Ce n’était pas assez aisé au début mais comme j’avais les bases j’ai pu développer cela rapidement. On a repris les activités de Western Union. J’avais déjà la confiance des banques», précise-t-il. SERFIN dont il est le Directeur général, offre les services de Western Union, Moneygram et Africards.

  • Ses projets d’avenir pour le secteur

«Aujourd’hui, nous avons 1600 points en Côte d’Ivoire, 200 au Burkina Faso et on a des partenaires au Mali et au Sénégal. Cela doit inspirer la jeunesse», lève-t-il un coin du voile sur le vaste réseau qu’il a créé en moins de quinze ans grâce à son savoir-faire.

Comme de juste, Madi Ouédraogo préside depuis 2014 l’Association des Sociétés de transfert d’argent et de change (ASTAC). Quand on lui demande comment est née cette association, il répond instantanément : «J’aime les challenges. J’aime toujours créer et cela participe de ma vision pour le secteur. Les structures de transferts sont partout, mais l’Etat n’a pas un interlocuteur. Pour des structures qui gèrent et manipulent autant d’argent chaque jour, on ne pouvait pas continuer sans un minimum d’organisation. Les banques en ont, nous ne saurions être orphelins. Je me suis dit qu’il fallait créer quelque chose».

Si l’accouchement de cette association n’a pas été aussi facile, parce qu’il fallait concilier les points de vues et amener les uns et les autres à y adhérer, Madi Ouédraogo tire aujourd’hui une certaine satisfaction d’avoir porté ce projet. «Nous devrons aujourd’hui miser sur l’organisation de sorte à rendre le secteur plus compétitif et lutter contre le blanchiment d’argent. C’est entre autres, nos objectifs», explique le président Ouédraogo qui appelle l’Etat de Côte d’Ivoire à accompagner cette association en encadrant et en facilitant les procédures. L’ASTAC, selon son président, est ouvert à des partenariats dans le cadre de l’emploi jeune avec les autorités. «J’ai le cœur qui saigne quand je vois tous ces jeunes au chômage», regrette M. Ouédraogo.

Marié et père d’un enfant, deux projets lui tiennent aujourd’hui à cœur. Primo, organiser un Salon des transferts d’argent. Secundo, créer une école de formation. «Je parle d’un salon original qui va aller jusque dans les hameaux au-delà de l’officiel qui va se tenir en deux jours à Abidjan. Il faut que les gens se familiarisent avec les cartes et les moyens disponibles en matière de digitalisation. La digitalisation et l’inclusion financière facilitent les échanges commerciaux dans les marchés», projette le patron de SERFIN qui rêve de la création d’une école de formation des transferts d’argent afin de former les jeunes qui s’intéressent au secteur.

Par Alexandre Lebel Ilboudo (ALI)