@Informateur- Opérateur économique exerçant dans le bâtiment, Daouda Sylla est depuis septembre 2022 le président de la section ivoirienne du Partenariat Alternatif Russie-Afrique pour le Développement Économique (Parade). Dans l’entretien qui suit, M. Sylla explique l’idéologie du Mouvement et ses ambitions.

  • Informateur-ci : M. Sylla vous êtes le président de PARADE-Côte d’Ivoire, comment est né ce mouvement?

Daouda Sylla : A la suite d’un diagnostic sans complaisances de la situation de l’Afrique en ce 21éme siècle, un tableau peu reluisant du continent s’affiche inexorablement. L’Afrique est à genou, pillée et exploitée par les multinationales et les puissances occidentales. L’Afrique est dépendante financièrement, et est économiquement à la merci des institutions financières  internationales. L’Afrique est en proie à l’insécurité liée au grand banditisme, au terrorisme et à l’instabilité politique. Enfin l’Afrique ne compte pas sur l’échiquier mondial. Fort de ce constant, des intellectuels du continent, conscients des enjeux, ayant identifié les goulots  d’étranglement qui freinent le développement économique, politique et sociale des pays africains, ont décidé d’agir. C’est à ce titre, que PARADE (Partenariat Alternatif Russie Afrique pour le Développement Économique) est portée sur les fonts baptismaux. 

  • Quand précisément?

PARADE n’a que un an d’existence et croyez-moi la structure est en train de faire son petit bonhomme de chemin pour l’occupation de l’espace mondial en général et du continent africain en particulier. A ce jour PARADE International compte 24 sections soit 24 pays affiliés à travers le monde. Le siège est à Dakar, et il est dirigé par M. Samba Diaw, qui est le président International.

  • Comment est organisé PARADE en Côte d’Ivoire?

 Je voudrais préciser que chaque pays est autonome dans son organisation structurelle et fonctionnelle mais tout en restant en phase avec le plan global de fonctionnement de PARADE International. Fort de cela, la section Côte d’ivoire s’est dotée d’un bureau exécutif national qui est l’organe décisionnel  et garant de l’organisation. Le bureau est épaulé dans sa tâche par 15 commissions techniques. Nous avons, des délégations régionales sur toute l’étendue du territoire national et une coordination nationale, qui est,  je dirai, la plateforme des délégués régionaux. Voici de façon globale l’organisation structurelle de PARADE Côte d’Ivoire.

  • Quels sont les principaux objectifs de ce Mouvement et combien de membres revendiquez-vous à ce jour en Côte d’Ivoire?

Je rappel, que PARADE est une organisation apolitique, en d’autres termes c’est une organisation de la société civile qui entend apporter sa modeste contribution au développement économique, social voir même culturel du continent Africain. Pour cela, nous nous sommes fixés les objectifs suivants : inciter à un partenariat gagnant – gagnant ouvert entre les pays africains et la Russie, travailler à une Afrique forte et souveraine, promouvoir l’amitié Russie – Afrique, amener les hommes d’affaires africains et russes à accroître les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Russie, faciliter les échanges éducatifs et culturels entre la Russie et l’Afrique, et convaincre les dirigeants africains à travailler étroitement avec la Russie dans les domaines scientifique, technologique, énergétique et agricole.

  • On ne vous entend pas dans les médias en Côte d’Ivoire, cela est-il dû à une absence d’activité du PARADE-Côte d’Ivoire, contrairement au Mali et au Sénégal?

La section Côte d’Ivoire a été installée le 3 juillet 2022, et suite à l’assemblée générale extraordinaire du 24 septembre 2022 relative à la restructuration du bureau exécutif, je suis depuis cette date le président élu de PARADE-CI. Au plan national nous n’existons que depuis seulement 5 mois, et dans ce laps de temps, nous comptons à ce jour 264 membres actifs avec 64 femmes et plus de 40 étudiants en notre sein.  Par ailleurs, nous avons nos priorités, il ne s’agit pas de faire des tapages médiatiques parce qu’il faut faire des tapages, au moment opportun vous nous entendrez. Pour  certains pays qui sont actifs, c’est tout à fait normal, car ces pays sont sous le projecteur des mouvements sociopolitiques ou nous estimons que les intérêts des populations africaines sont menacés. Alors quoi de plus normal que  PARADE donne de la voix dans ces pays car  partout où le peuple Africain est bâillonné et marginalisé il est de notre devoir de donner de la voix.  

  • Quels sont vos moyens d’actions. PARADE bénéficie-t-il de financement de la Russie ou d’entreprises russes?

Tout d’abord la base de nos moyens d’action sont nos convictions, dévouement, dynamisme et détermination pour voir une Afrique épanouie et prospère et l’inscrire dans un nouvel ordre social. Ceci dit, vous ne pourrez jamais atteindre vos objectifs et buts si vous n’avez pas au préalable toutes ces dispositions.  Par ailleurs, nous ne nous battons pas pour la Russie encore moins nous ne sommes pas au service de la Russie, nous nous battons pour l’épanouissement plein et entier du Continent Africain et nous sommes au service de l’Afrique. A l’analyse, personne ne prendra le destin de l’Afrique en main si ce n’est les Africains eux-mêmes, alors nous ne comptons que sur nos propres moyens matériels et financiers pour faire bouger les lignes. Au contraire,  pour les appuis  matériels et financiers cela doit se faire par des Africains. Cependant, si demain, la Russie ou toutes entités Russes décident de nous appuyer croyez-moi ce serait dans l’intérêt de l’Afrique et celui de la Russie, en d’autre terme, le partenariat Gagnant-gagnant est applicable dans tous les compartiments de notre relation avec la Russie.   

  • Les vocales «Alternatif Russie Afrique» sont perçues par beaucoup comme un appel à un changement radical dans la coopération que l’Afrique entretient avec le reste du monde. Comment faut-il comprendre cela, selon vous, un changement radical ou une diversification des coopérations?

Pour ma part les 2 vont ensemble, comme le disait le président de PARADE International, le président Samba Diaw, l’Afrique est en retard parce que l’Afrique a été retardée, alors le changement radical s’impose dans les méthodes, les procédures et les contextes dans lesquels nous coopérons avec les pays occidentaux. Il est temps que nous sortions du cadre du paternalisme, du tutorat, des attitudes d’un dominant et d’un dominé, d’un supérieur et d’un inférieur. Oui, il est temps que nous mettions fin à cette relation cheval cavalier, cette relation a trop duré !!! Nos chefs d’Etat se sentent redevables, en vérité cette aliénation est inacceptable pour nous les Africains, car dans le fond, c’est l’occident qui nous doit sur toutes lignes.  Par ailleurs, il est temps pour nous de diversifier nos coopérations, c’est un impératif pour l’Afrique, d’ailleurs, le président de la République de Côte d’Ivoire, SEM. Alassane Ouattara l’a rappelé lors du sommet Afrique-Russie qui s’est tenu en Russie à Sotchi en 2019. Aussi paradoxal que cela paraît, le même occident qui considère la Russie comme le grand méchant coopère avec elle jusqu’à ce jour. Alors, au nom de quel principe l’Afrique ne dit-elle pas coopérer avec la Russie. Non, il est indéniable pour nous Africains d’élargir notre coopération à tous les acteurs mondiaux. Mais seulement que ces relations ne piétinent pas notre dignité et honneur. Ceci dit, trop de viande dans la sauce ne gâte pas la sauce. 

  • Envisagez-vous d’organiser des conférences ou des séminaires avec des hommes d’affaires ou des hommes politiques afin de mieux convaincre l’opinion sur le bon choix que l’Afrique a à faire selon le PARADE?

Oui bien évidemment, c’est cela l’une de nos missions majeures, organiser des forums, des conférences, des symposiums, séminaires, des colloques, etc… On le sait, la meilleure façon de faire des connexions c’est de créer des plateformes d’échange. Bientôt nous allons dérouler le rouleau compresseur dans ce sens  après la sortie officielle de l’organisation prévue pour les mois à venir.

  • Pour espérer voir les choses changer, il faut bien que PARADE puisse s’adresser aux gouvernants africains. Êtes-vous en contact avec les autorités ivoiriennes ?

Oui bien sûr, puisque nous sommes engagés pour la cause de l’Afrique, de ce fait, aucun acteur africain n’est mis de côté dans notre démarche, de la société civile, en passant par les entreprises, les acteurs politiques de tous bords jusqu’aux gouvernants. En ce qui concerne la Côte d’ivoire, nous sommes à pied d’œuvre pour rencontrer les autorités afin de débattre avec elles de certaines questions relatives au développement économique et à l’éducation. Pour l’heure, nous sommes dans la dynamique de notre plan d’action nationale, ou la priorité est donnée à la consolidation de l’organisation sur le terrain. Je vous promets que pour toutes nos démarches auprès des autorités vous serez informés. 

  • Vous avez été reçu en audience, récemment, par l’Ambassade de la Fédération de Russie en Côte d’Ivoire. De quoi avez vous parlé?

Effectivement, nous avons eu l’honneur d’être reçus en audience le vendredi 9 décembre 2022 par l’ambassadeur de la Russie en Côte d’Ivoire, son Excellence  Alexey Saltykov à qui nous avons présenté notre structure et échangé sur des questions économiques et de développement. L’Ambassadeur a montré sa disponibilité à co-organiser avec nous un certains nombres d’activités entant dans la promotion des investissements russes en Côte d’Ivoire.

  • Votre organisation se présente aujourd’hui comme l’étendard de cette vision, mais que peut apporter en termes de développement la Russie à l’Afrique quand on sait qu’elle se situe entre la 9 et la 10é puissance économique mondiale?

La question n’est pas qu’est-ce que la Russie peut nous apporter mais qu’est-ce que la Russie et l’Afrique peuvent faire ensemble pour l’intérêt général de nos 2 peuples. Nous ne voulons pas un partenariat avec la Russie pour les beaux yeux du président Vladimir Poutine, encore moins PARADE n’est pas dans la vision d’un sauveur blanc mais nous voulons un partenariat qui sort de l’ordinaire ou notre avis compte, ou les parts seront d’égal à égal. En d’autre terme, ou nous aurons la latitude et la liberté d’exprimer ou de vouloir ce qu’on veut dans l’intérêt du continent africain. Le rang mondial ne compte pas, si s’en était  le cas, personne ne coopérerait avec certains pays. 

  • Que répondez-vous aux Africains comme vous qui, eux, soutiennent plutôt une révision, voire une mise à jour de la coopération entre l’Afrique et ses traditionnels partenaires que sont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et même les États-Unis?

Je crois avoir répondu à cette question plus-haut. Mais comme la répétition est pédagogique, alors je répète que PARADE n’est pas dans cette dynamique de couper radicalement le pont avec l’occident, chose impossible d’ailleurs dans ce monde moderne ou les États vivent au dépend des uns et des autres, alors révision et mise à jour oui, mais cela n’empêche la diversification de nos relations de coopérations avec d’autres pays que nous jugeons crédible et sérieux. 

  • Les relations internationales étant de plus en plus marquées par le multilatéralisme, le réalisme ne commandait-il pas que vous prôniez un partenariat Alternatif Asie-Pacifique-Afrique qui offre plus d’opportunités économiques plutôt que l’Alternatif Russie-Afrique ?

Je l’ai dit tantôt, nous devrons élargir notre champ de coopération à tous les niveaux, car les opportunités sont partout, il y a des domaines dans lesquels la Russie excelle plus que l’Asie et le pacifique qui peuvent nous être profitable, d’ailleurs l’Asie et le Pacifique sont déjà ouvert à l’Afrique, cependant la Russie reste un pays explorable et exploitable car ayant du potentiel dans le domaine agricole, technologique, militaire, énergétique, scientifique pour ne citer que cela. La Russie est une option parmi tant d’autres, alors nous avons choisi la Russie. 

  • Quels sont vos projets à moyen et long terme?

 Nous travaillons actuellement au mécanisme de connexion de nos 2 pays, nos projets sont d’ordre économique, social et culturel. Avec l’arrivée du nouvel Ambassadeur nous allons harmoniser nos points de vue avec les autorités Russes locales, afin de sortir des projets cohérents et réalistes à court, moyen et long terme. Pour l’heure, nous sommes au laboratoire et au moment opportun l’ensemble du pays sera informé de nos projets. Je voudrais terminer en vous remerciant de nous avoir donné l’opportunité de parler de notre organisation.

Propos recueillis par Alfred SIRIMA