Les anciens SG de la FESCI

@informateur- Dans les années 90 et 2000, la FESCI était qualifiée de monstre par l’opinion publique, du fait de la violence qui la caractérisait. Les bagarres rangées à la machette, la destruction des biens publics, les incendies d’autobus, les grèves violentes et incontrôlées dans le secondaire et le supérieur, les viols collectifs, et même des meurtres etc … C’était traumatisant pour l’ensemble du pays. Avec le calme relatif que connaît l’école ivoirienne ces dernières années, on pourrait croire que cette organisation en a fini avec la violence et la coercition. En fait, il n’en est rien. La violence reste dans son adn, en témoigne la bagarre rangée à la machette du 20 Octobre 2020 entre deux clans rivaux, et le récent blocage des voies d’accès à l’université le 01 Août dernier.

Même si nous sommes loin des grèves des années 1990 et 2000 qui paralysaient l’université et les lycées et collèges des mois entiers, la FESCI n’a rien perdu de son pouvoir de nuisance. Seulement aujourd’hui elle se focalise plus sur les circuits de financement qu’elle a constitués au fil des ans. En fait, la FESCI est devenue une véritable  «centrale financière», qui “cogère” avec les autorités compétentes, les résidences universitaires et les campus.

Les universités publiques d’Abidjan (Cocody et Abobo-Adjamé) comptent environ 120.000 étudiants, pour seulement 6.000 lits officiellement disponibles dans les résidences. Ainsi la FESCI a installé des lits dans les chambres et les met en location pour un loyer mensuel compris entre 10.000 et 15.000 FCFA, avec au préalable une « caution » négociée entre 100.000 et 150.000 FCFA. Toutes les résidences universitaires d’Abidjan sont concernées par ce système, la FESCI installant plusieurs lits selon l’espace disponible dans les chambres, et les transformant pratiquement en dortoirs.

La FESCI gère également les marchés qui se trouvent sur les deux campus d’Abidjan, et à proximité de toutes les résidences universitaires. Les commerçants  s’acquittent de frais journaliers pouvant aller jusqu’à 20 000 FCFA. La FESCI s’octroie de force 5 000 FCFA sur les bourses et aides perçus par les étudiants, en positionnant ses éléments à proximité des guichets où les fonds sont distribués. La FESCI fait payer des  « droits » pour toute manifestation organisée sur le campus ou dans les résidences universitaires (concerts, campagnes promotionnelles, conférence d’intérêts publique ou commerciale, etc….etc….).

Avec tous ces canaux de recettes mis en place au fil des années, la FESCI n’a plus intérêt à faire des grèves “dures” qui vont paralyser l’université pendant des mois. Lorsqu’il y a grève, les résidences universitaires se vident, les étudiants rentrent en famille. Les activités commerciales ralentissent sur les campus, l’Etat arrête de payer les bourses et aides. Donc la FESCI subit un préjudice financier évident. C’est ce qui explique  le «calme relatif»  que connaît l’école ivoirienne ces dernières années. Les grèves ne font plus l’affaire de la FESCI.

Les autorités laissent faire parce que ce qui compte à leurs yeux c’est  «la paix». Pourtant ces circuits de recettes sont illégaux, et seront difficiles à démanteler. L’école est relativement calme certes, mais le monstre grossit et risque de se réveiller plus puissant que jamais. La FESCI est devenue une véritable “institution mafieuse” qui s’est profondément incrustée dans le fonctionnement des universités. Tous les régimes qui se sont succédé ont refusé de traiter le problème en profondeur, alors que la FESCI aurait dû être traitée comme une menace existentielle pour le pays. Lorsque la FESCI recevait une partie des frais de scolarité, elle ne parlait pas de leur suppression. Lorsque ces fonds lui ont été refusés, elle a obtenu la suppression de ces frais. Vous ne trouverez dans toute l’Afrique aucune organisation estudiantine avec un tel pouvoir.

Et pourtant la FESCI est une organisation qui a été dissoute par décret en 1991, suite au meurtre par lynchage de l’étudiant Thierry Zébié sur la cité Mermoz. La FESCI avait revendiqué ce meurtre, avant de se rétracter devant l’horreur que les images ont suscité dans toute l’Afrique. Dans les années 1990, la FESCI était un acteur politique à part entière, et dans les années 2000, le monstre avait échappé à ses créateurs. La FESCI cogérait pratiquement le Ministère de l’Éducation, et par ses grèves et ses actions d’éclat, en rajoutait à  la confusion du moment, comme si le régime de l’époque n’avait pas assez de problèmes à régler.

En vérité la FESCI reste mêlée de près ou de loin à tous les traumatismes vécus par la nation. Ses grèves ” dures ” ont fragilisé les régimes en place, et ses méthodes violentes se sont diffusées dans l’inconscient collectif pour donner lieu à tous les désordres que la nation a connus. La  FESCI a instillé dans les esprits, le principe d’un “changement de régime par la force”. C’est un dangereux “virus” qu’elle a inoculé à l’âme de la nation. Organisation du désordre, La FESCI a toujours été une “pépinière de rebelles”. Elle reste une menace pour ce pays, un problème auquel il faudra un jour ou l’autre s’attaquer de façon frontale.

Douglas Mountain

Le Cercle des Réflexions Libérales

oceanpremier4@gmail.com