Adama Ouédraogo dit Damiss

@Informateur- Je me réfère à ma lettre ouverte au Président de la République de Côte d’Ivoire, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, publiée le lundi 23 mai 2022.  Dans cette lettre, je lui demandais en tant que leader incontesté et incontestable de la sous-région ouest-africaine de prendre son bâton de pèlerin pour être le coordonnateur et le chef de file d’une mobilisation générale de la lutte contre le terrorisme en vue de soutenir les pays en proie aux groupes armés et éviter que les terroristes ne puissent atteindre le Golfe de Guinée. Mon épître au chef de l’Etat ivoirien a été bien appréciée eu égard aux réactions  et aux commentaires qui me sont parvenus.

Cependant, certains de mes compatriotes se sont offusqués du fait que mon choix se soit porté sur le Président ivoirien qu’ils considèrent et je les cite «comme un tripatouilleur de Constitution et un contre-modèle en matière de démocratie». Je suis par nature ouvert aux débats contradictoires car c’est dans la différence des idées et des opinions qu’on s’enrichit les uns les autres et par voie de conséquence on construit la démocratie de nos jeunes Etats. Je prends donc en compte toutes les critiques.

Toutefois si j’ai décidé de réagir et de faire cette mise au point, c’est parce que parmi mes contradicteurs il y a des personnalités  respectables et parfois d’un niveau intellectuel fort appréciable à qui je voudrais  dire ceci :

– Premièrement, ma lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara ne porte pas sur les affaires de politique intérieure de la Côte d’Ivoire. Elle concerne le terrorisme qui touche notre pays le Burkina Faso et ses voisins ;

– Deuxièmement, je ne pense pas faire  faire injure aux autres chefs d’Etat et je suis convaincu que le Président Ouattara peut porter avec succès ce projet de mobilisation des Etats et des partenaires dans la lutte contre le terrorisme  dans la sous-région ouest-africaine ;

– Troisièmement, je constate avec amertume que la plupart de mes compatriotes qui se disent outrés du fait que j’ai choisi, selon eux, «un dictateur comme Alassane Ouattara» sont des supporteurs du président russe Vladimir Poutine. Dites-moi bonnes gens, Poutine est-il un démocrate ? Depuis combien d’années est-il accroché à son fauteuil présidentiel ? N’a-t-il pas modifié à plusieurs reprises la loi fondamentale de son pays pour rester au pouvoir ? Combien de crimes son régime a commis depuis qu’il est à la tête de la Russie? N’est-ce pas lui qui est en partie responsable de la vie chère que nous sommes en train de subir au quotidien avec la guerre qu’il a déclenchée contre l’Ukraine faisant des milliers de personnes déplacées, d’exilés, de morts, de blessés et d’importants dégâts matériels?

Comment peut-on supporter Vladimir  Poutine qui ignore jusqu’à votre existence et  détester votre frère  et voisin de la Côte d’Ivoire Monsieur Alassane Ouattara au motif qu’il a modifié la Constitution de son pays?  

Je pense humblement que nous devons mener des débats  qui peuvent changer notre quotidien et éviter des polémiques stériles.

S’il y a bien un homme qui est très préoccupé par la crise sécuritaire au Sahel c’est bien le Président ivoirien. Il comprend mieux que quiconque les conséquences  du terrorisme sur l’économie, la paix et la stabilité de nos Etats et de la sous-région ouest-africaine.

J’ai émis des idées qui peuvent certes être critiquées mais ramener la problématique soulevée à la seule personne du chef de l’Etat ivoirien n’a pas de sens. Mon choix  est guidé par la qualité de leader et de meneur d’hommes qu’est le Président Alassane Ouattara.

Du reste, aussitôt après la publication de ma lettre ouverte, une personnalité burkinabè  qui a ses entrées dans plusieurs palais présidentiels m’a donné des éléments d’informations sur la contribution inestimable du premier des Ivoiriens dans la lutte contre le terrorisme.

Tenez, le Président Alassane Ouattara avait proposé d’étendre  la sécurisation du Nord de la Côte d’Ivoire jusqu’à Bobo-Dioulasso pour permettre à l’armée burkinabè de concentrer ses forces au Nord et à l’Est du pays où les groupes armés terroristes sévissent au quotidien. Mais nous apprenons que la partie burkinabè n’aurait pas accepté cette offre. Dès lors, le projet a été mis sous le boisseau.

Je reste convaincu qu’à l’époque si cette information avait fuité, ils seraient nombreux les Burkinabè qui se lanceraient dans des diatribes contre la Côte d’Ivoire et son Président arguant que le  Burkina Faso est un pays souverain qui peut se défendre seul, patati et patata. Et ce sont les mêmes qui demandent aujourd’hui que le Président Paul-Henri Sandaogo Damiba fasse comme le Mali en faisant venir sur notre sol des mercenaires russes dans le cadre de la lutte anti-terroriste. On refuse la solidarité africaine et on fait appel à des pays impérialistes qui ne se battent que pour leurs seuls intérêts. Quel paradoxe et quelle honte!

Par ailleurs, j’apprends que le Président ivoirien a voulu qu’au sein de l’UEMOA on crée une force militaire pour aider nos pays. Et tenez-vous bien que c’est le Burkina Faso qui s’est opposé à cette idée!

Enfin, le chef de l’Etat ivoirien lorsqu’il était président en exercice de la conférence des chefs d’Etat de l’UEMOA a bataillé fermement pour que l’institution débloque une enveloppe de 100 millions d’euros soit plus de 65 milliards de francs CFA en vue de soutenir le Burkina Faso, le Mali et le Niger. «Lors du huis-clos de ce sommet qui  s’est tenu à Dakar, au Sénégal, en 2019, il a haussé le ton face à certaines réticences pour la mise à disposition de ce fonds et a déclaré qu’on ne sortira pas de la salle de réunion tant que la proposition n’est pas acceptée.  Il s’est imposé. Et l’argent a été décaissé avec une célérité incroyable », confie notre source. N’est-ce pas assuré un leadership que d’arracher ce financement pour aider nos Etats qui se sont partagés plus de 65 milliards de francs CFA en liquidité?

Lorsque j’écrivais ma lettre ouverte, je n’avais aucunement connaissance de ces informations. C’est dire que je n’ai pas eu tort de croire à son leadership pour la mobilisation des Etats, des partenaires et des fonds pour appuyer le Burkina Faso, le Mali et le Niger dans leur guerre contre les groupes armés terroristes. Maintenant si des personnes ont des comptes personnels à régler avec le Président Ouattara, elles peuvent  s’adresser  directement à lui. Ce qui me préoccupe, c’est la résolution de la  crise sécuritaire sans précédent qui menace toute la sous-région ouest-africaine.

Adama Ouédraogo dit Damiss
Journaliste et écrivain