@informateur.ci- Moscou poursuit la réorganisation de ses opérations sécuritaires en Afrique, près de deux ans après la mutinerie avortée d’Evguéni Prigojine en juin 2023. Objectif : reprendre en main l’héritage du groupe Wagner et assurer une coordination directe avec le Kremlin. La République centrafricaine (RCA), l’un des bastions historiques de Wagner sur le continent, se trouve au cœur de cette stratégie.
Selon l’agence de presse américaine Associated Press, le gouvernement russe a demandé à Bangui de remplacer le groupe Wagner par Africa Corps, une nouvelle structure militaire placée sous la tutelle du ministère russe de la Défense. Cette transition s’accompagnerait d’une nouvelle exigence : un paiement direct de prestations sécuritaires à la Russie, s’élevant à plusieurs milliards de francs CFA (des millions de dollars). «Le vice-ministre russe de la Défense a évoqué ce passage à Africa Corps dès le début de l’année, lors de visites officielles à Bangui », a confié un responsable militaire centrafricain sous couvert d’anonymat. Selon lui, Moscou demande que la RCA prenne en charge les coûts du personnel et verse une compensation financière substantielle. Un haut responsable de l’Assemblée nationale a confirmé ces discussions, précisant que le gouvernement doit formuler une réponse.
Ces demandes interviennent dans un contexte politique sensible. En juillet 2025, le président Faustin-Archange Touadéra a annoncé qu’il briguera un troisième mandat, rendu possible par une révision constitutionnelle controversée en 2023. Pour assurer sa sécurité et celle de son gouvernement, Touadéra s’appuie depuis 2018 sur Wagner, qui a aussi contribué à la reconquête de zones tombées aux mains des rebelles de la coalition Séléka. En échange, le groupe a obtenu l’accès à des ressources minières stratégiques, dont l’or et les diamants.
En janvier 2025, lors d’une visite à Moscou, Touadéra et Vladimir Poutine ont discuté du maintien de la coopération sécuritaire, mais aussi d’accords dans les domaines minier et agricole. Pour des analystes, il sera difficile pour Bangui de refuser la transition vers Africa Corps. « Au Mali, le changement a été imposé. Je doute que la RCA ait le choix, surtout après avoir écarté les Européens », estime Ulf Laessing, de la Fondation Konrad Adenauer.
La France, ancienne puissance coloniale, avait déployé jusqu’à 1 600 soldats dans le cadre de l’opération « Sangaris » (2013-2022) avant de se retirer sur fond de tensions avec Bangui, qui avait alors choisi l’appui des mercenaires russes. Le remplacement de Wagner par Africa Corps pourrait marquer une nouvelle étape dans l’influence directe de Moscou en Centrafrique.
Djah OPELY












